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Cas n° 3 quater. Maudits colons


Revenons à cet historien qui s’oblige à rendre public ce qu’il a découvert, à savoir que les salaires versés par les colons à leurs ouvriers étaient en moyenne de deux à trois fois supérieurs à ceux versés par les employeurs arabes.

Tous les pieds noirs le savaient avant que cet historien ne le dise. Partout en Afrique où des « Européens » emploient des Africains, ils les paient mieux qu’un employeur africain. C’était comme ça en Algérie française, c’était encore comme ça récemment en Afrique, dans nos anciennes colonies, avant que nos militaires ne soient priés de retourner dans leurs casernes métropolitaines. A Djibouti où j’ai séjourné à deux reprises, les femmes de ménage employées par les militaires français étaient payées trois fois le SMIG djiboutien pour travailler moitié moins d’heures par jour que chez un Djiboutien. J’ai même connu un militaire qui payait sa « naya » dix fois le SMIG car disait-il, malgré tout, elle ne gagnera pas dans toute sa vie ce que lui gagnait en un an.

A djibouti, on ne choisissit pas sa naya; c'étaient les djiboutiens qui le faisaient et ça aurait été très mal vu par eux qu'un français refusât d'avoir une naya.

"On" m'amène une gamine de 12 ans. Je me suis demandé, moi le pied noir raciste et exploiteur: "qu'est-ce que je fais?" pour finalement accepter, me disant: "au moins chez nous elle sera protégée". Elle n'a pas fait plus en travaux ménagers, ni autre chose, que ce que ma mère me faisait faire quand j'avais son âge; donc pas grand chose. Pour l'occuper, mon épouse avait essayé de lui apprendre à lire et à écrire. Elle avait refusé, n'ayant pas de goût pour les études.

Mais restons dans le sujet : la vraie histoire de l’Algérie française.

La découverte de cet historien est à nuancer : il faut prendre en compte le système du khamessat où un propriétaire arabe donne sa terre à cultiver à un autre arabe. Celui qui l’a travaillée gardera pour lui 1/5 de la récolte, d'où le terme de khamessat,  tiré de khamsa, cinq en arabe. Ou, l’historien parle-t-il du salaire payé par le khamès à ses propres ouvriers, si tant est qu’il en avait ?

Ce qui est certain, c’est qu’il y avait des grandes variations dans les salaires versés aux ouvriers agricoles. C’est probablement pourquoi le collège des colons des délégations financières avait demandé, et finalement obtenu, que soit créé en Algérie un salaire minimum agricole indexé sur le prix du pain.

Pour pasticher ce cher historien qui s’oblige à dire, je dois à la vérité de dire que j’ai découvert que quelques colons ont profité de ce salaire minimum agricole pour ne plus payer leurs ouvriers qu’à ce niveau. Un colon alla même jusqu’à déduire du salaire minimum versé à ses ouvriers, des frais de bouche. Quelque part, cela est rassurant : dans toute société il y a quelques rares individus détestables dans un océan de gens très bien. La société pied noir n’y échappe pas, ce qui la rend plus crédible : qui croirait qu’il n’y avait chez les pieds-noirs aucun raciste, aucun exploiteur ? Mais de là à généraliser à ces maudits « gros colons », il y a un pas que certains franchissent bien vite.

Un de mes oncles fut un gros colon qui possédait 400 hectares. A l’indépendance, les autorités algériennes certes confisquèrent ses terres, mais lui proposèrent d’en devenir le gérant. Ses ouvriers le supplièrent d’accepter ; ce qui me fit écrire, par provocation, sur un forum anticolonialiste : « c’est beau le colonialisme quand ses victimes en redemandent ».

A propos de cet oncle supplié par ses ouvriers de continuer à les exploiter.

La plupart des Arabes n'envoyaient pas leurs filles à l'école. Chez les colons, il était courant qu'une gamine soit employée de maison, ce qui faisait un supplément au salaire de son père. Mon oncle avait refusé. Donc, un de ses ouvriers était-il désaventagé, bien que pour les autres ça ne changeait rien?

Absolument pas. Mon oncle avait dit à tous ses ouvriers: "je vous donnerai un supplément de salaire à condition que vous envoyiez vos filles à l'école".

Certes, selon les idéologues, c'est du paternalisme et ce n'est pas mieux qu'exploiter ses employés.

Voilà la vraie histoire de la colonisation française en Algérie.