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Cas n° 3 bis. Maudit Warnier


Dans le cas n° 3, j’écris : « Oui, ils [les paysans algériens] se sont appauvris, mais les colons n’y sont pour rien. Bien au contraire, sans eux, ils se seraient encore plus appauvris. »

Voilà sur quoi je m’appuie pour le dire:

Le senatus consulte de 1863 donnant la propriété individuelle aux paysans algériens (terres melk) et collective aux tribus (terres arch), n’a pas réglé le problème de l’agriculture en Algérie, car les terres restaient gérées par le droit arabe, incompatible avec toute réforme agraire.

Auguste Hubert WarnierC’est pourquoi, le docteur Warnier, pied noir, homme politique qui fut ministre, fit voter une loi le 26 juillet 1873, dite loi de francisation des terres. Lors des transactions, les terres dorénavant acquises par un nouveau propriétaire, qu’il soit algérien ou colon, seront gérées par le droit français. Sur le site officiel du gouvernement algérien, on pouvait lire, il y quelques années, ça a disparu depuis, que la loi Warnier était le pire des crimes commis par la colonisation en Algérie. Depuis, ils ont trouvé un crime encore plus grand, encore plus odieux : les avoir soignés. En les soignant, on a violé leur intimité (sic) et encore plus grave, on leur a donné à croire qu’il pouvait y avoir du bon dans la colonisation.

Les historiens sont d’une grande sévérité avec la loi Warnier qui a permis de spolier, disent-ils, les petits propriétaires algériens. D’après Stora, ce sont eux qui, ruinés, ont constitué les bidonvilles de la périphérie des villes d’Algérie.

Madame le conservateur en chef des Archives nationales de l’Outre-mer, en dressant l’inventaire des pièces des préfectures d’Alger et d’Oran consacrées aux cantonnements, aux séquestres, et à la loi Warnier, publie un commentaire introductif dans lequel elle est, elle aussi,  très sévère et utilise plusieurs fois le mot «spoliation». On peut lire dans ce document que le cantonnement a abouti «à des spoliations de terres au profit de l'État.» Que l’État ait saisi des terres au titre du cantonnement  est certain. Mais j’aimerais bien qu’on me dise quelles terres ont été enlevées aux tribus et parler de spoliation, pourquoi pas, mais pour me convaincre, plutôt qu’employer le mot «spoliation» toutes les trois lignes, donner au moins un premier argument pour en juger. Curieusement, pour les séquestres, le mot spoliation n’est pas présent et pourtant là je suis d’accord, il y a eu spoliation de terres cultivées, à titre de sanction, collective ou individuelle, pour s’être révolté contre la France.

Le lecteur admettra avec moi, puisque Madame le conservateur en chef dit que ce sont des décisions parisiennes ou du Gouverneur général de l’Algérie, que le colon n’a aucune responsabilité dans ces spoliations spoliations spoliations, puisque le mot est sans cesse répété, sans jamais donner le moindre élément de preuve.

Si je n’ai pas encore mené des recherches sur le cantonnement et les séquestres***, j’ai un peu plus travaillé sur la loi Warnier, qui a donc permis de spolier «légalement» dit Madame le conservateur en chef de l’ANOM, les petits paysans algériens. Germaine Tillon, la célèbre ethnologue, a affirmé, qu’ainsi les colons avaient acquis 400.000 hectares de terre au titre de  la loi Warnier. Je confirme ce chiffre : 400.000 hectares de terre ont été achetés par les colons au titre de la loi Warnier. Où Madame Tillon a-t-elle trouvé ce chiffre, repris par les historiens ? Là où je l’ai trouvé et où il est incontestable : dans un rapport de l’administration coloniale adressant à Paris le bilan des transactions faites au titre de cette loi.

Pourquoi Madame Tillon n'a-t-elle cité que le début du texte?

Voici la phrase complète : «Au titre de la loi Warnier, 400.00 hectares de terres  ont été acquis par des colons, 1.200.000 hectares par des propriétaires et des investisseurs algériens.»

Si spoliation il y a eu, ne serait-ce pas affaire d’honnêteté qu’en désigner les principaux bénéficiaires ?

Je vais faire l’effort d’admettre, sans qu’on m’en donne le moindre élément de preuve, que ce furent bien des spoliations. Il est peu probable que les colons en soient les auteurs.

Pourquoi ?

Parce que, un historien anticolonialiste mais intellectuellement honnête a écrit : «Je dois à la vérité de dire, que j’ai découvert … (un historien qui précise qu’il s’oblige à dire la vérité, pas mal non ?) que les colons payaient leurs ouvriers dans une fourchette de deux à trois fois le salaire payé par les fermiers algériens.» (ça fera l’objet d’un autre cas).

Les petits paysans algériens ont vendu et se sont engagés comme ouvriers agricoles chez les colons, et pour la plupart ont mieux vécu qu’avant. Ce sont ceux qui n’ont pas trouvé à s’engager chez les colons, ou qui ont refusé de le faire, (lire à ce propos «20 ans en Algérie» de Villecroze), qui sont allés vivre dans les bidonvilles. Le principal pourvoyeur de ces bidonvilles, ce n’est probablement  pas la loi Warnier Monsieur Stora comme vous l’affirmez, mais la démographie galopante et l’absence de réforme agraire dans une Algérie essentiellement rurale. Constatant la démographie galopante, un géographe à l’époque n’avait cessé d’annoncer la catastrophe humanitaire qui allait se produire si on ne prenait aucune mesure ; et nos gouvernants d’hier étant de la même trempe que ceux d’aujourd’hui, rien n’avait  été fait préventivement.

Warnier part avec un gros handicap vis-à-vis des gouvernants de l’Algérie et des auto proclamées élites françaises inféodées à ce pouvoir : il était pied-noir.

*** C'était au moment où j'écrivais ces lignes. Depuis, j'ai trouvé un document du Gouvernement général de l'Algérie qui parle longuement du séquestre après la révolte kabyle de 1871, et ce que je trouve dans ce document donne une image quelque peu divergente par rapport aux écrits de Madame le conservateur de l'ANOM. 

Voilà la vraie histoire de la colonisation française en Algérie.