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Cas n° 3: devoir de mathématiques


Affiche du film Amistad

Dans les années 1990, le livre d’histoire de la classe de terminale abordait l’histoire de la période coloniale et proposait comme devoir aux élèves l’exercice de mathématiques suivant :

« Sachant que X paysans Algériens possédaient xx hectares de terre et que Y colons possédaient yy hectares de terre, calculez la superficie moyenne détenue par chaque catégorie. Que pouvez-vous en déduire ? »

Il fallait trouver 10 hectares pour les paysans algériens, 100 hectares pour les colons, et gare à celui qui n’y aurait pas vu la preuve des spoliations faites par les colons.

Ma chère fille qui passait son bac à cette époque était rentrée du cours sur la colonisation en disant : « j’ai honte de mes origines ».

Ce que je me propose de démontrer, c'est qu'un esprit aveuglé par ses convictions idéologiques arrive à cette seule conclusion, car il y en a d'autres et en particulier, celle que je vais expliquer, qui "mathématiquement" parlant est plus convaincante.

Maxime Rodinson, un ethnologue français mondialement connu à l’époque et méconnu en France, qui a été membre du Parti communiste français, sur ses vieux jours a écrit : « L’expérience et l’âge aidant, je me suis rendu compte que plus on avance dans le militantisme, plus on s’aperçoit, à chaque instant, des irrationalités qu’entraînent sa pratique courante. ».

Citant cette phrase dans « Notre exil » j’ai fait ce commentaire : « La question que l'on peut légitimement se poser serait alors d'apprécier dans quelle mesure l'irrationalité du militant est compatible avec l'objectivité du chercheur. » 

Concernant ce devoir de mathématiques dans un livre d’histoire, on n’est plus dans l’irrationnel mais dans une dose sérieuse de crétinerie.

Cette possession en moyenne 10 fois supérieure des colons sur les paysans algériens ne prouve absolument pas une quelconque spoliation, mais prouve tout autre chose ; faut-il avoir au moins un neurone dans son cerveau vide pour pouvoir s’en rendre compte. Il est possible que les colons aient spolié les agriculteurs algériens, mais il faudra une autre argumentation pour en convaincre un esprit objectif.

Dans une thèse de doctorat soutenue à Alger en 1930, on peut lire que les grandes propriétés agricoles européennes se sont constituées sur le dos des petits colons ; ce qui est une évidence. Mon propre arrière-arrière-grand-père, qui a vendu pour le prix d’une mule et deux bottes de paille ses 4 hectares de broussailles à Kléber, puis qui s’est ensuite engagé comme métayer chez un « gros colon ».

Un historien algérien, à propos de la propriété agricole en Algérie, affirme qu’en 1990 les paysans algériens possédaient en moyenne 5 hectares chacun.

J’avais donc proposé sur Internet de remplacer le devoir de maths du livre d’histoire par celui-ci, beaucoup plus facile à résoudre : « Sachant que la propriété individuelle n’existait pas, ou si peu, du temps des Turcs, que les paysans Algériens possédaient en moyenne 10 hectares du temps de l’Algérie française, et qu’ils en possèdent actuellement 5, quand ont-ils possédé le plus de terre ?

Je n’ai pas posé la question : « que pouvez-vous en déduire ? »  parce qu’avec l’enseignement qu’on leur dispense, les élèves ne risquent pas de trouver la bonne réponse.


De ce qui va suivre, j’aurais pu en faire un cas séparé, mais il est lié à l’interprétation qu’il faut donner à la répartition des 10 et des 100 hectares, et de ce que ça prouve.

Entre 1850 et 1960, le revenu moyen par habitant des paysans algériens a été divisé par deux, alors que dans le même temps le revenu moyen par habitant des colons a été multiplié par deux . C’est tout à fait exact et donc, pour certains historiens, la preuve absolue de la spoliation. « Les colons se sont enrichis sur le dos des paysans algériens ». (Benjamin Stora).

Le revenu moyen par habitant, c’est le rapport entre la production totale et le nombre de personnes de cette catégorie. Entre 1850 et 1960, la production des paysans algériens, à la variation près des aléas climatiques, reste stable : ils produisent autant en 1960 qu’en 1850. La population paysanne algérienne dans ce laps de temps a été multipliée par deux. Alors forcément, le revenu moyen par habitant diminue par deux. Oui, ils se sont appauvris, mais les colons n’y sont pour rien. Bien au contraire, sans eux, ils se seraient encore plus appauvris ; ce sera démontré dans un cas suivant.

La production des colons commence par être identique en volumes à l‘hectare à celle des paysans algériens, puis augmente régulièrement de décennie en décennie. Ça n’a rien à voir avec une spoliation mais avec l’amélioration constante des techniques de culture et l’investissement en matériel agricole. Si ce que Stora affirme sur la spoliation des terres est exact, la production moyenne annuelle des colons aurait dû être d’emblée élevée, et diminuer progressivement avec le temps, puisqu’au fil du temps ils se seraient emparés de terres de moins en moins bonnes. Dans le même temps, le nombre de colons diminue. De plus en plus de production, de moins de colons, alors forcément pour ceux qui le sont restés, leur revenu moyen par habitant ne pouvait qu’augmenter.


cas3 2Que prouvent ces chiffres ? Que la réforme agraire, indispensable et qu’il fallait faire en Algérie, n’a pas été faite, ni du temps de la France, ni après l’indépendance : il y avait trop de cultivateurs. Côté colons la chose s’est faite d’elle-même sans intervention gouvernementale : la moitié des colons, au sens étymologique du mot, découragée, est repartie en Europe d’où elle venait. Dans la moitié qui restait, plus de la moitié a renoncé à l’agriculture pour devenir les ouvriers, les petits commerçants, les petits artisans, ou intégrer la fonction publique.

Côté arabe, cette mutation ne s’est pas faite du temps de la France, et n’était toujours pas faite 30 ans après l’indépendance : les colons représentaient 10% de la population européenne, quand les paysans algériens représentaient 95%  de la population arabe au début du XIXème siècle, et après 30 ans d’indépendance, avaient encore vu leur revenu moyen par habitant diminuer de moitié, puisqu’ils possédaient moitié moins de terre, et donc produisaient moitié moins.

Dans le cas suivant sera démontré que les colons n’ont pas de responsabilité dans l’appauvrissement des paysans algériens, qui lui ne fait pas de doute. La démonstration sera courte et tient en deux chiffres, indiscutables, dont l’un vient d’Ageron, le premier historien contemporain à avoir dénoncé les agissements, selon lui condamnables, des colons. Je serai très curieux d’entendre la réponse cohérente, argumentée, logique, et surtout historique et vérifiable, que les tenants de la spoliation par les colons avanceront pour me répondre. 

Ceux qui sont venus en Algérie après 1954, ont vu le  gâteau des « gros colons » et ont constaté qu’il n’était pas partagé. En effet, les pieds noirs n’ont pas partagé le gâteau avec ceux qui n’avaient pas imaginé la recette, pas pétri la pâte, ni participé à la cuisson. A qui la faute ? Avant de répondre à cette question, laisser ses convictions à la porte, prendre le temps de la réflexion et surtout beaucoup lire les documents fiables. Un  élément de réponse, à découvrir dans l’oeuvre de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal  qui se demande qui a le plus profité du peuple algérien: ceux qu'il qualifie de rapetoux et qui dirigent l'Algérie depuis l'indépendance, ou ces «foutus colons» qui «ont plus chéri cette terre que nous qui sommes ses enfants.»

Ou ce journaliste alégrien qui pose la question: «Quel est le plus grand crime? Avoir colonisé ce pays ou avoir affamé son peuple après l'indépendance?»

Voilà la vraie histoire de la colonisation française en Algérie.